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Élections au Royaume-Uni: une alternance à risque
information fournie par Le Revenu 29/06/2024 à 14:00

Élections au Royaume-Uni: une alternance à risque

Élections au Royaume-Uni: une alternance à risque

S′il revient au pouvoir après le 4?juillet, le Parti travailliste aura du mal à mener une relance sans augmenter les impôts.

Le 10 Downing Street s'apprête à accueillir un nouveau locataire. À moins d'une grosse surprise, c'est le Parti travailliste qui devrait remporter les élections générales du 4 juillet au Royaume-Uni.

Aux commandes depuis quatorze ans, les Tories subissent l'usure du pouvoir, même si le Premier ministre, Rishi Sunak, met en avant l'amélioration conjoncturelle dont bénéficie le pays depuis le début de l'année.

L'activité du secteur privé a, certes, ralenti en juin, comme le montrent les résultats de l'enquête auprès des directeurs d'achat. L'indice PMI composite élaboré par S&P Global est revenu à 51,7 points, contre 53 en mai.

Mais cette progression moins marquée de l'activité reflète l 'attentisme de nombreuses entreprises, liée au climat d'incertitude politique actuel, explique Chris Williamson, économiste de S&P Global. Attentisme aussi de la part de la Banque d'Angleterre, qui a décidé de maintenir inchangée sa politique monétaire.

Cependant, la banque centrale a ouvert la porte à une baisse de ses taux directeurs à l'occasion de sa prochaine réunion, le 1 er août.

Dans son dernier communiqué, elle affiche en effet sa confiance dans le processus de décélération des prix, malgré la persistance de l'inflation dans le secteur des services. Globalement, celle-ci est retombée à 2% sur un an en mai, rejoignant l'objectif de la Banque d'Angleterre. Le chemin parcouru est remarquable depuis le sommet de 11,1% atteint en octobre 2022.

Gonflement de la dette

Cette envolée des prix a laminé le pouvoir d'achat des ménages britanniques, générant en retour des attentes très fortes de la part de l'électorat.

Le parti travailliste tente aujourd'hui d'y répondre, faisant de la croissance l'une de ses priorités. Pour les premiers mois qui suivraient sa victoire électorale, les observateurs s'attendent donc à quelques mesures de relance de l'investissement. Les dépenses publiques devraient augmenter dans un contexte déjà délicat. Les finances du royaume sont en effet sur la corde raide, avec notamment un dangereux gonflement de la dette publique, qui frôle la barre des 100% du PIB.

Pour retrouver une telle situation outre-Manche, qui est la conséquence du soutien gouvernemental pendant la pandémie, il faut remonter au début des années 60. La marge de ma­noeu­vre du prochain gouvernement pour financer toute nouvelle dépense s'annonce ainsi étroite. Comme le souligne Slavena Nazarova, économiste au Crédit Agricole , les ambitions des travaillistes en termes de relance sont difficilement compatibles avec leurs autres engagements.

Problème de crédibilité

D'une part, ils se montrent soucieux de maîtriser l'endettement de l'État. À l'instar des conservateurs, ils assurent vouloir infléchir la trajectoire de la dette publique, pour faire baisser le ratio de son montant rapporté au PIB dans un horizon de cinq ans. Même s'ils entendent en même temps assouplir les règles budgétaires, afin de permettre une augmentation de l'investissement public.

D'autre part, les dirigeants du Labour se sont engagés à ne pas augmenter les impôts et les taxes, compte tenu d'une forte résistance dans la population à la pression fiscale.

Cette promesse manque cependant de crédibilité, estime Slavena Nazarova. Selon elle, la situation budgétaire pourrait obliger le futur gouvernement à annoncer des hausses d'impôts.

Chef du parti et prochain Premier ministre probable, Keir Starmer doit garder en mémoire la crise de novembre 2022. Lorsque le «mini-budget» de Liz Truss, consistant en un plan de relance financé par la dette, avait provoqué une tempête financière. Laquelle s'était soldée par la démission forcée de cette éphémère leader des Tories.

Habib Hobeika

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